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Spiritualité11 août 2026
Frere Hermes
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7 min de lecture86 vues

Petit éloge de la tolérance spirituelle

Pourquoi la tolérance est essentielle en spiritualité, et comment Fa, Vodoun et christianisme coexistent au Bénin. Le regard d'un Bokonon.

Portail en bois sculpté avec statuettes traditionnelles béninoises sur un chemin de campagne

Apprenons à être tolérants les uns envers les autres. Être tolérant, c'est d'abord accepter que l'autre soit différent de soi, et refuser de l'obliger à devenir une réplique de nous-mêmes.

De ce fait, nous ne devrions pas rejeter les autres pour ce que nous jugeons être des défauts chez eux. Nous devrions plutôt les apprécier pour ce que nous trouvons de bon en eux. Idriss Aberkane utilise souvent une image qui résume bien cette idée : chaque homme est comme un fruit. Dans un fruit, chacun trouve ce qu'il aime, qu'il prenne cette chose-là précisément, et qu'il laisse le reste.

En agissant ainsi, on s'affranchit du piège du jugement. On laisse à chacun le soin de vivre sa vie comme il l'entend, de faire ses propres expériences, et de se perfectionner selon le programme qui est le sien, pas le nôtre.

Dans la spiritualité, la tolérance n'est pas une option

C'est peut-être même là qu'elle est le plus nécessaire. Le plus important des commandements n'est-il pas justement d'aimer son prochain comme soi-même ?

Alors pourquoi ceux qui sont censés incarner la spiritualité se sentent-ils si souvent obligés de se combattre ? Chez nous comme ailleurs, les pratiquants de telle ou telle religion estiment systématiquement que les autres sont dans l'ignorance. Si on se contentait juste de remarquer l'ignorance des autres, ne devrait-on pas plutôt être compatissant envers eux et leur laisser le temps de cheminer à leur propre rythme ? Mais quand on attaque violemment l'autre, qu'on veut le forcer contre son gré à se rallier à nous, ou qu'on sent le besoin de montrer partout et à tous qu'on détient la vérité, c'est justement la preuve de notre propre ignorance que nous exhibons. Marx parlait de la religion comme de l'opium du peuple. Je ne sais pas si c'est toujours vrai, mais force est de constater qu'elle divise beaucoup plus souvent qu'elle n'unit.

Personne ne détient la connaissance

Ma conviction est simple : nous sommes tous des ignorants. Le but n'est pas de posséder la vérité, mais de marcher vers elle. « Mon peuple périt faute de connaissance ». Et plus j'avance dans la connaissance, plus je mesure l'étendue de ce que j'ignore encore.

Alors doit-on juger son prochain parce qu'il n'a pas, à un instant donné, les mêmes informations que nous ? Je ne crois pas. Je crois même qu'il faudrait faire l'inverse : s'intéresser à ce que l'autre sait, ne serait-ce que pour notre propre édification. Ne pas juger, ce n'est pas renoncer à ses convictions, c'est simplement refuser de les imposer.

D'où vient cette intolérance ?

Pendant longtemps, la tradition et ses praticiens ont souffert de la condescendance des autres religions. Cela tient en partie à l'héritage colonial, qui a laissé dans le subconscient collectif l'idée que les pratiques spirituelles traditionnelles relèvent du satanisme. Les nouveaux convertis aux religions révélées ont souvent fait preuve d'un excès de zèle, allant parfois jusqu'à la provocation envers les traditionalistes. Conséquence : les intellectuels africains, les nouvelles élites, n'assumaient pas ouvertement leurs liens avec la tradition quand ils en avaient. Moi-même, avant de devenir Bokonon, j'ai connu cette même retenue, je préférais taire ce lien plutôt que de l'assumer publiquement.

Depuis quelques années, ce rapport s'est inversé. Avec le courant panafricaniste identitaire qui traverse les peuples noirs du monde entier, les Africains renouent avec leurs identités, et la spiritualité comme la culture deviennent des marqueurs de cette reconquête. C'est une bonne chose en soi. Mais elle produit à son tour un excès inverse : certains africains, même sans avoir un lien réel ni initiation avec le Vodoun, s'en font aujourd'hui les défenseurs les plus intransigeants. Assumer son identité et la défendre est une bonne chose. Mais au nom de cette identité, renier systématiquement les autres religions en est une autre. Cela peut conduire à reproduire l’erreur qu’on dénonce chez les autres.

Le réflexe qui me choque

Ce qui me dérange profondément, c'est que d'un côté comme de l'autre, on en vient à s'arroger l'exclusivité de la spiritualité, de la connaissance, de la vérité. C'était vrai hier avec les religions révélées qui excluaient la tradition. C'est vrai aujourd'hui, dans l'autre sens, avec certains défenseurs identitaires qui interdisent aux traditionalistes toute affinité avec les religions révélées jusqu'à empêcher un adepte Vodoun d'expliquer son message avec un concept chrétien, alors que c'est parfois le moyen le plus simple de se faire comprendre. Dans les deux cas, c'est le même réflexe : transformer la spiritualité en combat de camps, plutôt que d'y voir un chemin commun.

Pourtant, au Bénin même, cette frontière n'a rien d'absolu. Il n'est pas rare de croiser des familles où l'on va à la messe le dimanche et où l'on consulte Fa la semaine suivante, sans y voir de contradiction. Ce n'est pas une exception marginale, c'est une manière de vivre la spiritualité que beaucoup pratiquent sans en faire un débat théologique.

Dans ma propre pratique de Bokonon, j'ai reçu plusieurs dizaines de personnes officiellement chrétiennes ou musulmanes, mais initiées à Fa ou à tel ou tel autre culte vodoun. La tradition a toujours toléré cela mais dans leur propre religion, ils ne peuvent simplement pas assumer publiquement cet aspect de leur spiritualité. C'est d'ailleurs tout l'esprit du collège de Bokonon que nous avons réuni au sein de Chemin Spirituel : rassembler des praticiens reconnus, dans le respect de chaque parcours de vie.

La spiritualité ne devrait pourtant jamais être une compétition entre religions ou entre cultures. Elle devrait transcender l'ego et ne viser qu'une chose : la recherche de la vérité, celle qui rapproche l'homme de sa dimension divine, quelle que soit la porte par laquelle il y accède.

Ce que ça change concrètement

Être tolérant, ce n'est pas une posture qu'on affiche. C'est une pratique. C'est écouter un point de vue qui heurte le nôtre sans chercher tout de suite la faille pour le démonter. C'est laisser un proche suivre un chemin spirituel qu'on ne comprend pas, sans lui faire sentir qu'il se trompe ; ne pas relancer sans cesse un parent converti à une autre religion sur "ce qu'il perd" en ayant changé de pratique. C'est accepter qu'un Bokonon, un Prêtre, un Imam ou un Pasteur puisse avoir raison sur un point précis, même si le reste de son système ne nous convainc pas.

Tolérer, ce n'est pas dire que tout se vaut. C'est reconnaître que la vérité est plus grande que ce que chacun de nous en a saisi, et que le chemin pour s'en approcher passe forcément par les autres.

Que faut-il faire face à ceux qui nous attaquent ?

Reste une question pratique : comment réagir quand ce sont nos propres croyances qui sont attaquées ? Ma pratique et mon expérience mystique me permettent de dire avec conviction qu'il y a de la puissance partout, dans toutes les religions, et qu'il y a une part de vérité cachée partout, dans toutes les religions. Face à l'attaque, trois options s'offrent à nous : attaquer en retour et entretenir un cercle vicieux, se taire et laisser le divin agir, ou envoyer toujours plus d'amour autour de soi et dans l'univers.

C'est cette dernière voie que nous essayons de suivre à Chemin Spirituel. Nous faisons la promotion de la spiritualité par la tradition béninoise, mais nous ne cherchons à combattre aucune autre forme de spiritualité. D’ailleurs notre démarche n’est pas de pousser les gens vers la tradition mais plutôt de permettre à ceux qui font le choix de la tradition d’en avoir la meilleure expérience possible.

Si ce texte résonne avec un questionnement que vous portez, sachez qu'une consultation de FA peut vous aider à y voir plus clair dans le respect de votre propre chemin, quel qu'il soit.

7 min de lecture86 vuesPublié le 11 août 2026
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Frere Hermes

Frere Hermes

Bokonon (Prêtre de Fa) et cherchant en spiritualité

Frère Hermès est Bokonon et fondateur de Chemin Spirituel. Il coordonne le collège de Bokonon qui réunit les praticiens de la plateforme et consacre sa pratique à transmettre la tradition de Fa dans le respect du chemin de chacun.

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